Après sa victoire aux élections du Land de Saxe-Anhalt, l'AFD va de nouveau progresser le 20 septembre à Berlin et dans le Mecklembourg. (Le parti d'extrême-droite est effectivement arrivé en tête dans ce Land et a fortement progressé à Berlin, où le parti de gauche Die Linke a crée la bonne surprise et le CDU du chancelier Merz n'a pas pu franchi la barrière des 5%. NDLR)
A l'origine représentatif de secteurs de la bourgeoisie défendant un modèle économique ordo-libéral loin des compromis du modèle rhénan, ce parti a profondément muté. Les thématiques identitaires et anti-immigration sont devenues centrales en même temps que s'élargissait la base électorale du parti. Par ailleurs la dénonciation des "élites", des thématiques complotistes, un positionnement pacifiste et russophile sont des thèmes porteurs. Aujourd'hui, de nombreux cadres sont des militant·es identitaires, mettant en cause la "culture de la culpabilité" et prônant la remigration.
La poussée de l'AFD a des causes multiformes : l'impopularité d'un gouvernement Merz accentuant le détricotage du modèle allemand et des restes de solidarités sociales. Cette pression s'accompagne d'une réorientation massive des investissements vers les dépenses d'armements. L'allié social-démocrate de la CDU ne pèse que peu, ce qui accentue sa crise historique. Il y a des causes plus structurelles, avec le déclin des partis démocratiques de masse et l'hostilité à l’immigration notamment dans les Länder de l'Est.
Après la débâcle morale et économique post-nazie, deux visions se sont affirmées en Allemagne :
En RDA, une nouvelle Allemagne, fidèle alliée de l'URSS mais inventant un nouveau patriotisme socialiste. Dans les dernières années de la RDA une réflexion sur la continuité avec l'histoire de la Prusse avait même été esquissée. Les quelques aspects protecteurs du système ont été balayés lors d'une Réunification pilotée par le capital ouest-allemand. Ainsi, peu de salarié·es des nouveaux Länder ont bénéficié des conventions collectives conquise par le mouvement syndical à l’ouest.
En RFA, la réponse a été, pour simplifier, post-nationale et basée sur la recherche du consensus :
⬥ un patriotisme constitutionnel
⬥une intégration au cadre européen
⬥ une économie forte
⬥ un modèle social et économique régulé avec des formes – limitées – de cogestion
⬥ plus récemment, une vision multiculturelle de la société
⬥ une imprégnation pacifiste
Tous ces éléments sont remis en cause ou affaiblis par la globalisation, l'emboîtement de crises qu'elle induit et les conséquences d'un néo-libéralisme destructeur, avec aujourd'hui une nouvelle offensive brutale du capital. Au-delà d'un succès local de l'AFD, l'incrustation de ce parti accentue la crise politique. Les anticorps restent puissants, des Églises aux secteurs antifa, mais la gauche a le plus grand mal à répondre. Le SPD et les Verts sont considérés par l'électorat protestataire comme des partis du système. Die Linke n'encourt pas ce reproche mais défend un modèle de société à l'opposé du nouveau nationalisme ethno-culturel.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire