Notre proposition de rencontres bilatérales et initiatives communes avec d'autres forces de la gauche alternative et aurogestionnaire a trouvé plusieurs échos. Ainsi l'organisation corse A Manca a bien voulu que nous publions cette contribution au débat sur l'autodétermination dans notre bulletin quinzomadaire. Le 21 septembre nous organisons également un débat visio commun dont voici l'annonce.
Confrontée au tsunami économique généré par une économie ultra-libérale également à l’origine de la dégradation accélérée de l’habitabilité des territoires pour les plus pauvres, notre société est ébranlée dans ses fondements.
Cela affecte la jeunesse et plus globalement les classes populaires. A ce marasme viennent s’ajouter des politiques étatiques qui, faute de rompre avec une relation de dominants à dominés, ne respectent en rien les expressions d’une majorité de Corses.
En mettant à la charge des migrants tous les maux, ce gouvernement a abondé dans le sens des thématiques de l’extrême droite.
Ces facteurs se conjuguant, il n’est pas étonnant de voir des fractions du mouvement nationaliste s’adonner à une surenchère réactionnaire. Fondées sur des socles idéologiques contestables, ces formations soufflent sur les braises en tentant ainsi de récupérer toutes les colères.
Plutôt que de dénoncer l’économie de marché, ils choisissent de désigner « la colonisation de peuplement » en tant que causalité de nos problèmes. Cela présente l’avantage de dédouaner ceux des Corses qui participent pleinement aux spéculations foncières et immobilières dans le cadre de la vocation "tout tourisme" ambiante.
Les droits du sol et de la sueur sont battus en brèche. Une conception ethnique du peuple corse se substitue à eux. Cette option, saluée par l’extrême droite locale, peut se satisfaire des dernières déclarations du FLNC et du mouvement Nazione*.
Selon ces derniers, il y aurait au sein du nationalisme des liquidateurs des acquis de décennies de luttes et d’autres q u’ils prétendent incarner , autoproclamés meilleurs défenseurs du peuple corse. Cette pente induisant qu’il faille se ranger derrière une direction politico-militaire.
Nous n’ignorons pas que le projet d’autonomie qui a fondé le processus de Beauvau présente des faiblesses. La reconnaissance du peuple corse et la question sociale se trouvent laissées de côté. Les négociateurs ont fait des concessions. Ils s’en voient mal récompensés au regard des positionnements du gouvernement et d’une grande partie de la classe politique française. L’erreur demeurant de circonscrire ce processus au périmètre institutionnel, sans chercher à mobiliser sur le terrain.
Une autonomie digne de ce nom aurait été un objectif atteignable, le risque a été pris de rabougrir un projet encourant à termes, d’être insatisfaisant.
Nous refusons la pensée binaire présentant les « traîtres » d’un côté et les « purs » de l’autre. Cette logique de la « pureté » reste porteuse de graves dérives et peut permettre à des forces extérieures au mouvement nationaliste de se livrer à toutes les manipulations possibles. Le passé étant là pour en attester.
L’absence de projet de société a comme conséquence le non-dépassement d’une logique nationaliste qui a pourtant atteint ses limites et n’est en rien porteuse d’une dynamique émancipatrice.
A MANCA
*Nazione : Composante nationaliste corse, constituée en 2024 et issue du mouvement Corsica Libera de J-G Talamoni, défavorable à la notion de communauté de destin pour définir le peuple corse et soutenant la lutte armée (NDLR)
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