12 juin 2026

L'état de la gauche. Introduction au débat à l'AG du Réseau coopératif de Gauche Alternative, le 6 juin 2026

Lors de la dernière AG, nous avons débattu sur les raisons structurelles de la crise des forces de gauche et écologistes, qui s’inscrivent dans un contexte mondial de crise multiforme du capitalisme et ont néanmoins des caractéristiques propres à notre histoire. Nous avons noté qu’il y avait au sein de la population une forte aspiration à l’unité, et paradoxalement une division croissante des forces de gauche et écologistes.

Par ailleurs, une partie importante et croissante des couches dominantes ont fait le choix de l’extrême-droite.

Comment éviter de se laisser enfermer dans les logiques institutionnelles sans ignorer les enjeux des institutions, car avec raison nous redoutons toutes et tous l’arrivée de l’extrême-droite au pouvoir ? Comment éviter la répétition des schémas qui nous mènent dans l’impasse, sans courir le risque de la marginalisation en ignorant les questions qui se posent à toutes et tous ?

Les quelques mots qui suivent servent d’introduction au débat qui vient, et ne sont que le résultat de réflexions personnelles pour engager la discussion.

Quelles réponses pour lutter contre l’arrivée de l’extrême-droite au pouvoir ?

D’un côté, il y a une force de gauche prépondérante, la France Insoumise, qui joue à fond la carte des institutions et de la personnalisation, qui s’avère avoir un fonctionnement autoritaire et non démocratique, mais capable de rassembler notamment les jeunes et les quartiers populaires, sur le fond c’est un parti-guide de l’ensemble de la société et non un outil recherchant la mobilisation de la société à partir de la diversité des mouvements sociaux. Cette perspective est une impasse car sans mise en mouvement de la société, occuper le pouvoir institutionnel se heurtera aux énormes moyens et à la violence des couches dominantes dès qu’on touchera à leurs intérêts. La Bourgeoisie peut être très cruelle, et la bourgeoisie française ne fait pas exception.

Les autres forces de gauche et écologistes sont diverses et ont sur certains points un fonctionnement plus démocratique que La France Insoumise, avec des débats internes et des Congrès pour fixer leurs orientations. Mais sur le fond, l’objectif essentiel est d’avoir le maximum de places au sein des institutions, c’est devenu une nécessité vitale. Les primaires auraient pu avoir un sens si elles avaient permis un débat large sur le fond, mais elles sont à l’heure actuelle un concours de candidatures avec des dimensions de concurrence qui n'intéressent personne. Historiquement inscrits dans les institutions, ils sont emportés par leur crise. Les Primaires deviennent incompréhensibles, d’autant qu’apparaît dans le paysage une seconde primaire !

Que ce soit La France Insoumise, le Parti Socialiste, Les Écologistes, le Parti Communiste, leurs discours s’appuient sur la capacité à changer la vie via les seules élections, au moment même où l’incapacité des élections à changer la vie provoque une désillusion qui est source d’abstention massive.

Est-ce dire qu’il faut ignorer les élections et se concentrer sur les mobilisations de la société ? Je ne le crois pas. Même, je crois que ce serait une faute politique dramatique que de s’orienter dans cette voie.

S’il y a un grand nombre et une grande diversité des mouvements sociaux, avec parfois des mouvements massifs ayant l’adhésion d’une grande majorité de la population, aucun mouvement n’a obtenu de victoire significative depuis 50 ans. Cette incapacité à gagner est aussi à la source du désenchantement actuel. Le mouvement des retraites, en obligeant à recourir massivement au 49.3, a poussé les feux de la crise des institutions. Mais faute de rapport de force institutionnel, il n’a pas été possible de transformer ce mouvement massif en victoire.

Il n’y a pas d’autre chemin que celui d’articuler la conquête de positions au sein des institutions et la mobilisation de la société, sans qu’il y ait priorité de l’un sur l’autre, mais imbrication et entrelacement. Sans le mythifier, il y a beaucoup à apprendre du Front Populaire en ce 90ème anniversaire. Plus près de nous, le NFP a montré que la mobilisation pouvait déjouer les pronostics. Le NFP nous a aussi appris que, laissée entre les mains des seuls appareils, la victoire a été vite dilapidée.

Si la création d’un front antifasciste est nécessaire, et nous devons apporter notre contribution à cela, il n’est pas suffisant. Il y a besoin de porter en même temps des propositions qui sont en rupture avec le capitalisme et qui laissent entrevoir un autre monde désirable. Il y a un imaginaire mobilisateur à construire pour contrer la dystopie fasciste. Beaucoup de choses sont déjà là : biens communs, gratuité de ce qui est essentiel, garanties des droits et libertés individuelles contre les discriminations, défense des droits des peuples y compris contre leur propres États, possibilité de mener une vie bonne tout en préservant la Planète, etc.

Notre ambition est de travailler avec d’autres et d’apporter notre contribution, aussi modeste soit-elle.

Nous ne sommes pas seuls à porter ces réflexions et ces interrogations.

Alors que le congrès de la CGT s’achève, comment ne pas voir la portée du meeting "l'internationale ouvrière contre l'extrême droite" qui s’est tenu en son sein et dont la conclusion est :

Vous voulez nous mettre en opposition, multiplier les guerres et les conflits. 

• Nous sommes unis, nous sommes internationalistes, et nous voulons la paix. 

Vous stigmatisez les étrangers, vous désignez des boucs émissaires. 

• Nous sommes unis, nous rassemblons tous les travailleurs, quelle que soit leur nationalité, et nous nous battons pour la régularisation des travailleurs sans papiers. 

Vous discriminez les personnes LGBTQIA+, les femmes et toutes celles et ceux que vous pensez minoritaires.

• Nous sommes unis, nous rassemblons toutes les personnes quels que soient leur genre ou leur orientation sexuelle. 

Vous attaquez les libertés, la presse, la justice, la culture et les syndicats. 

• Nous sommes unis, organisations syndicales, associatives, intellectuels, artistes. 

Vous mettez en opposition le racisme et l'antisémitisme alors que vous êtes aussi racistes qu'antisémites.

• Nous sommes unis, nous combattons chaque jour le racisme comme l'antisémitisme. 

Vous prétendez défendre les droits des travailleurs alors que vous êtes les vassaux de Vincent Bolloré, d'Elon Musk, et de tous ces milliardaires. 

• Nous sommes unis pour combattre vos réformes à la tronçonneuse et exiger le progrès. 

Vous essayez de nous isoler, de nous diviser, de nous réprimer, de nous faire taire. 

• Nous sommes unis, et nous affirmons ici qu'une attaque contre un syndicaliste est une attaque contre T.OUS. 

C’est rare de voir une déclaration syndicale faisant converger autant de luttes différentes et ouvrant des perspectives politiques.

De la même façon, le NPA L’Anticapitaliste a ouvert un cycle de discussion sur 2027 qui se matérialise en quatre contributions qui toutes font à peu près les mêmes constats que nous et cherchent les façons d’articuler luttes, perspectives globales et questions institutionnelles.

Pour conclure, sans trancher quoi que ce soit dans ce débat compliqué, des mobilisations sociales fortes peuvent permettre d’obtenir un bloc de gauche et écologiste majoritaire à l’assemblée nationale en même temps que des mouvements sociaux forts, ce qui permettrait de maintenir la situation politique ouverte.

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