1er tour des municipales : quelques enseignements
Il faudra attendre le second tour des municipales, ce 22 mars, pour mesurer ce que sera la configuration des collectivités locales pour les six ans à venir. Cependant quelques enseignements peuvent déjà être tirés de cette première journée électorale.
Le premier constat, c’est la baisse, encore une fois, de la participation. L’abstention atteint un niveau inédit pour ce type d’élection, en particulier dans les petites communes. La modification des règles électorales l’explique sans doute pour une part : fin du panachage et absence d’enjeux du fait que, dans nombre de ces communes, il n’y avait qu’une seule liste à se présenter.
L’abstention croissante traduit aussi l’approfondissement de la crise de la représentation.
Deuxième constat, les choix des électeurs et électrices sont plus éparpillés que jamais avec une multitude de listes ayant atteint les 10 % de suffrages exprimés qui leur permettent de figurer au second tour. Les cas de triangulaires ou de quadrangulaires ne seront pas rares le 22 mars, y compris dans des villes moyennes ou petites.
Première bonne nouvelle, les situations – nombreuses –
de division à gauche ne semblent pas avoir provoqué la catastrophe qu’on pouvait craindre. Les listes autour du PS ont maintenu leur score dans les villes de plus de 30 000 habitants. LFI, seule où alliée à d’autres forces a globalement tiré son épingle du jeu. Elle a même remporté quelques victoires, comme à Saint-Denis où elle s’est présentée avec le PCF et un collectif citoyen.
La tentative de diabolisation des Insoumis n’a pas eu raison du désir d’union mais aussi de radicalité d’une partie de l’électorat populaire – c’est une deuxième bonne nouvelle. Il faudra voir de près le bilan à l’issue d’un 2éme tour où les configurations locales seront diverses : fusion de listes, retrait des minoritaires, maintien ?
A droite, l’ancrage local des néo-fascistes progresse encore. Moins que prévu dans les ruralités. Cela reste inquiétant sans que ce soit pour autant un raz de marée, preuve que des résistances à la montée de l’extrême-droite peuvent se manifester dans les territoires.
Dernière leçon, et non des moindres, à tirer de ce premier tour de scrutin, ce sont les très bons résultats enregistrés par des listes citoyennes et participatives,
au-delà des réalités diverses que peut recouvrir cette appellation. 126 d’entre elles ont été élues au 1er tour, principalement dans de petites ou très petites communes, selon le recensement qu’en a fait la coopérative Fréquence Commune. 171 autres seront présentes au second tour. Plus de 700 listes de ce type ont été déposées en 2026 contre un peu moins de 400 il y a 6 ans. Un phénomène intéressant à analyser sur la voie de l’alternative.
Pour un front antifasciste de la base au sommet !
La mort de Quentin Deranque à Lyon le 14 février a été un moment de bascule politique. La provocation à laquelle s’est livrée la nébuleuse néo fasciste ce jour-là a permis de consolider une union des droites avec le RN en pivot, des groupes ultras jusqu’à des pans entiers d’Horizons englobant Reconquête, l’UDR et la grande majorité des LR.
Cette bascule s’opère en effet lorsque les groupes d’extrême droite provocateurs et violents sont érigées en victimes, que toute la gauche est accusée de fascisme, lorsqu’une partie de la gauche est qualifiée « d’anti France », expression antisémite de la fin du 19ème siècle. Elle s’opère encore quand des locaux syndicaux, associatifs, politiques sont, en toute impunité, vandalisés, quand des militant·es sont agressé·es, des candidat·es menacé·es. Sous proposition du dirigeant de l’UDR, une minute de silence pour l’activiste néonazi été observée à l’Assemblée Nationale. A la demande du ministère de l’Intérieur, contre l’avis de nombreux maires, les préfectures, dont celle de Lyon, ont autorisé partout en France des parades néo fascistes alors que le même ministre a interdit plusieurs manifestations de solidarité à la population palestinienne de Gaza victime de génocide. A l’Assemblée, en commission la droite soutenue par l’extrême droite propose de créer des centres de retour hors Union Européenne pour les migrant·es refoulé·es des pays européens.
Lors des Municipales, le rapprochement entre droite et extrême droite s’est accéléré partout. Cette Union des droites correspond au projet des patrons réactionnaires Stérin/Bolloré/ Arnault et autres : un Etat fort pour démanteler l’Etat de droit, tenir en lisière les contestations, poursuivre la politique du bouc émissaire via l’islamophobie et le rejet des migrant·es et s’intégrer sur le plan international à l’ordre mondial voulu par Trump et Poutine.
Il leur faut aller vite car la société résiste. On l’a vu dans les cortèges massifs et colorés du 8 mars (pour les droits des femmes) et du 14 mars (contre le racisme et les violences policières). La progression du néofascisme n’est en rien une fatalité. La gauche citoyenne, syndicale, associative et politique s’est levée au printemps 2024 pour l’empêcher et le NFP est né. Elle a encore la puissance nécessaire pour mettre fin aux divisions mortifères. Elle peut être motrice pour créer un front antifasciste large, organisé à la base dans les quartiers, les villages, sur les lieux de travail et d’études, qui mette en place une autodéfense populaire de masse, inclusive comme celle des habitant-es des quartiers aux Etats Unis contre les exactions de l’ICE. Elle a la force pour pousser à la formation d’un bloc social et politique créant une alternative au néolibéralisme, au racisme, au néofascisme.
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