Avec près de trois ans de retard, le gouvernement a adopté par un décret du 13 février la 3ème « programmation pluriannuelle de l’énergie ». Ce document, rendu public après maintes pressions des lobbies comme de la droite et de l’extrême-droite, est censé définir la stratégie énergétique de la France pour la période 2026-2035. Une stratégie pour laquelle, dans la tradition de la 5ème République, le pays a été privé d’un véritable débat citoyen sur les enjeux et les moyens d’y faire face.
Si l’objectif annoncé vise – très justement – à diminuer par trois l’usage des énergies fossiles à l’horizon 2035, cette programmation confirme pour
l’essentiel le choix de la fuite en avant nucléaire, au nom de la prétendue décarbonation de l’énergie. La production d’électricité nucléaire devrait passer de 320 à 380, voire 420 TWh d’ici 2030, soit une
croissance de 19 à 31 % ! La progression attendue est censée reposer sur le dopage du parc existant et l’EPR de Flamanvile – dont on connaît les déboires techniques et financiers. Pour la suite, ce seront les six EPR2 déjà programmés avant la commande annoncée de huit réacteurs supplémentaires et ... la construction d’un nouvelle usine de « retraitement » des déchets nucléaires à La Hague !
Quant aux énergies renouvelables, si leur recours reste à l’ordre du jour, les objectifs de développement subissent un sérieux coup de rabot par rapport aux ambitions précédemment affichées, répondant ainsi en partie aux exigences de la droite et de l’extrêmedroite. Pour le solaire, l’objectif de puissance installée serait ainsi réduit d’une fourchette de 65 à 90 GW à une fourchette de 55 à 80 Gw en 2035 (31 Gw aujourd’hui) ; pour l’éolien terrestre, ce serait une réduction de 40/45Gw à 35/40 Gw (24 Gw en 2025) ; pour l’éolien en mer, la réduction passerait de 18 à 15 Gw. Quant à l’hydrolien (utilisation des courants marins) il reste du domaine du quasi virtuel.
Surtout, la logique de cette programmation, c’est l’application de la politique de l’offre : accroître démesurément la production d’électricité pour pousser à la consommation, alors que cette dernière reste aujourd’hui inférieure à celle de … 2011 ! Comment, derrière cette stratégie ne pas voir l’ambition macroniste de faire de la France un leader mondial des centres de stockage de données, particulièrement
énergivores. Substituer l’électricité aux énergies fossiles sans poser les questions de ce qu’on produit, de pourquoi on produit et de comment on produit, c’est tout simplement poursuivre la logique du productivisme inhérent au capitalisme.
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