Communiqué du Réseau coopératif de Gauche Alternative, le 9/2/2026
Après l'agression de l'armée régulière syrienne pour prendre le contrôle des quartiers kurdes de Alep, un accord a été conclu le 30 janvier 2026 entre le régime de Damas et les FDS (Forces démocratiques syriennes, majoritairement kurdes, défendant la gestion autonome municipaliste du Rojava).
Cet accord a été conclu pour éviter une effusion de sang au Rojava. Il contient
néanmoins des dispositions comme la reconnaissance des droits culturels et
éducatifs kurdes ainsi que le retour de l'ensemble des déplacés dans leur
région d'origine. Il reconnait la langue kurde comme langue nationale qui
pourra être enseignée librement, ce qui peut être un pas vers une possible
reconnaissance du peuple kurde. Reste à savoir comment il sera appliqué,
car ce ne serait pas la premiere fois qu'on utilise un accord de cessez le feu
pour consolider une avancée militaire avant de reprendre une agression. La
Syrie comme l'ensemble des régimes du Moyen Orient sont coutumiers du fait.
Un accord a été officiellement scellé entre les différentes puissances
impérialistes du Moyen Orient lors d'une réunion qui s’est tenue à Paris les 5
et 6 janvier 2026, au cours de laquelle la Syrie et Israël ont convenu d’un
mécanisme de concertation conjoint sous la supervision des États-Unis.
Cependant, cette coopération ne s’est pas limitée à ces deux acteurs, et
ce n’est certainement pas une coïncidence si le ministre turc des Affaires
étrangères était également présent à Paris au même moment. Tout comme ce ne
peut être une coïncidence si l'agression contre les quartiers kurdes de Alep a
démarré ce jour-là avec l'implication totale de la Turquie, tant du point
de vue militaire et logistique que du point de vue diplomatique.
Les intérêts d'Israël et de la Turquie ne coïncident certes pas, puisque Israël
participe à la fragmentation de la Syrie en intervenant dans le sud du pays
(Golan et région druze), alors que la Turquie souhaite une Syrie centralisée
avec un pouvoir qui lui permette de développer son influence dans tout le
Moyen-Orient et la Méditerranée orientale. Mais si cette opposition peut
poser problème à l'avenir, ils sont aujourd'hui tous d'accord pour détruire
l'administration autonome du Rojava qui constitue un exemple pour les peuples,
et donc constitue un obstacle aux politiques des impérialismes oeuvrant dans la
région, tant ceux des Etats Unis et d'Israël que celui de la Turquie.
Ni la fragmentation de la Syrie, ni la négation des droits politiques et
culturels des peuples ne peuvent garantir une paix durable, ou un avenir stable
pour la Syrie. La paix ne pourra être durable que si elle repose sur la justice
et la reconnaissance des droits politiques et culturels de l'ensemble des
peuples de Syrie.
L'administration autonome du Rojava présente des contradictions et des limites,
en partie liées au contexte de guerre depuis ses débuts en 2011, face à Daesh,
face au régime de Bachar el-Assad et maintenant face au HTC et à la Turquie. Il
n'en demeure pas moins que c'est la seule expérience démocratique et
féministe du Moyen Orient, avançant vers l'égalité des droits quels que
soient le genre, la religion ou le peuple.
L'expérience du Rojava est précieuse pour l'avenir du Moyen Orient, où les
peuples subissent des régimes autoritaires, des théocraties conservatrices, des
dictatures, et vivent des crimes de guerre ou un génocide comme à Gaza. Il
faut en défendre les acquis démocratiques.
Les Kurdes, les habitantes et habitants du Rojava ont besoin de la solidarité
internationale la plus large possible, car leur situation est très précaire,
les derniers accords n’étant pas – comme le demandent les kurdes- inscrits dans
la constitution. Toutes les initiatives qui permettent de populariser les
acquis du Rojava, de faire monter la pression sur les autorités françaises et
européennes pour obtenir la fin de l'agression et des garanties politiques pour
le Rojava sont utiles et doivent être prises. Nous les soutiendrons.
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