22 novembre 2025

L’exercice communal peut-il être une « préfiguration de l’émancipation » au service de la société ?

Alors que les grandes manoeuvres ont commencé en vue de la constitution de listes pour les élections municipales de 2026 une élue d'une grande métropole pose des questions de fond ...
 
Sur ce point, rien de nouveau sous le soleil et pas de plage sous les pavés (*). Bref les limites institutionnelles de l'exercice politique électoral et représentatif sont une réalité !
Lors du mouvement populaire des Gilets jaunes, des livres de recueil de revendications ont fleuri dans le hall des mairies, mais sans donner un nouvel élan au désir communaliste qui pointait ! Pourtant le slogan choc « faim du mois et fin du mois » était sur toutes les lèvres.
Les villes de gauche font du boulot, aucune ambiguïté de ce point de vue. Elles travaillent à maintenir coûte que coûte le lien social et les solidarités (maison des habitant-es, aide alimentaire, précarité énergétique, numérique, accès aux droits…). L’attention à l’Éducation est réelle, même si elle passe par des pansements type dispositifs « politique de la Ville » alors même que les inégalités sociales se reproduisent à l’identique depuis la création de l’école de Jules Ferry ! L’offre culturelle est largement préservée sans devenir la variable d’ajustement des baisses de dotation budgétaire.
Les villes travaillent aussi sur les « effets » climatiques (aide aux isolations thermiques, végétalisation des cours d’école, jardins partagés, réduction des déchets, ateliers d’économie sociale et solidaire…). Présentes, ces villes le sont majoritairement sur l’aide aux ONG, comme par exemple sur cet impensé européen dramatique du sauvetage en mer. Actuellement en France seules des villes de gauche adhèrent à la plateforme des collectivités territoriales solidaires de SOS Méditerranée pour faire appliquer le droit maritime international. Ce n’est pas rien !
Mais tout cela reste dans le domaine du « faire pour les habitant-es, parfois avec » dans une juxtaposition d’actions mais pas dans celui d’une construction pour « faire plus largement peuple ».
Chacun-e reste à sa place. Gestion oblige, pas de dépassement du capitalisme ni de révolution citoyenne en vue ! Est-ce d’ailleurs possible dans ce cadre strictement institutionnel ?
Avec un tronc commun de mesures propres à certaines valeurs de la gauche, parfois déclinées avec quelques nuances d’un territoire à l’autre, on peut s’interroger sur cette propension des partis de gauche à vouloir faire cavalier seul au premier tour des municipales pour annoncer la « rupture » et gagner des communes, LFI en tête comme le fait dans la capitale des Alpes, la liste « Faire mieux pour Grenoble » !
Les mandats électifs permettent aussi d’avoir les moyens financiers pour faire exister son appareil politique via les indemnités des élu-es. Ce n’est pas une question anodine face aux gros bras et décideurs politiques dont les moyens sont souvent exponentiels.
Mais alors , les partis pour quoi et pour qui, « s’ il faut que tout change pour que rien ne change »?
Posture gestionnaire
La présence élective institutionnelle de la gauche malgré ses déclarations tonitruantes sur les dominations financières et les inégalités ne se construit pas avec les forces vives et les mouvements sociaux. Elle reste sur une posture globalement gestionnaire et sociale- démocrate, d’accompagnement du modèle ultra-libéral construit. Les pratiques et les réponses apportées aux habitant-es les placent souvent dans des situations de consommateurs. On se limite à utiliser les dispositifs, les appels à projets, les opportunités financières. On travaille sur les transitions environnementales, jamais sur les transformations. Les préoccupations sécuritaires omniprésentes ne sont pas toujours éclairées de manière progressiste. La base sociale des rencontres avec les habitant-es est celle du compromis, en contenant les débats qui pourraient être difficile à gérer. Le choix décisif entre un pont de singe, un toboggan ou un parcours de santé, donne plutôt à voir un budget participatif qui construit plus des liens de voisinages que de « l’autogestion » même si c’est très sympa et toujours très important pour les habitant-es.
Pas de levier de changement et pourtant...
Le niveau institutionnel que sont les pôles urbains (métropole, communauté de communes) où siègent une partie de ces mêmes élu-es sont des échelles importantes pour des résistances et d’autre choix de société. Mais là encore la frilosité politique est de mise, chacun-e venant tirer à soi des opportunités de développement pour sa commune, avec une pseudo démarche « participative » institutionnelle interne et encadrée. Pas de vrais espaces de réflexion et de partage des enjeux d’habitabilité et d’une politique des communs. L’importance de la continuité élective et de la réélection réduisent « notable »ment les prises de risque. Les réalisations du quotidien (travaux, aménagements, voiries) dépendent des compétences des métropoles. Il s’agit alors de montrer patte blanche sur de nombreux sujets qui pourraient fâcher. Dans ce cadre je suis bien seule pour porter les revendications des collectifs citoyens et des syndicats avec en face une droite violente et à mes côtés une gauche hostile !
La liste est longue des sujets dont ne se saisissent pas les élu-es pour et avec les citoyen-nes, pour débattre et s’associer aux forces qui résistent et faire converger leurs actions avec les luttes en cours (nouveaux droits, gratuité des transports en commun, des premiers m³ d’eau, du retraitement de l’eau douce par les entreprises, revendications sociales et démocratiques, débats sur la nature des objets connectés, l’argent public gavant les grosses industries, l’exploitation des peuples dans l’extraction des terres rares…). Bref tout ce qui constitue un socle systémique anticapitaliste. Cela aurait du sens pour les citoyen-nes de percevoir que le néolibéralisme n’est pas immuable.
Alors que la commune est une entité politique essentielle, la question institutionnelle pour transformer la société est très largement éloignée des ambitions de transformation revendiquées par les partis. Elle est inopérante pour comprendre les mécanismes de l’exploitation et de la domination et notre incapacité à changer nos vie par le vote. Sa forme ne constitue pas le levier de dépassement du capitalisme que nous voulons, ni un début de processus révolutionnaire.

(*) Après trois mandats d’adjointe, dont le dernier à la métropole, mon analyse ne reflète que ce que
je connais. Le débat est ouvert !

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