Le succès des manifestations du 6 octobre dans de très nombreuses villes témoigne de l'ampleur de la colère lycéenne et de la détermination du mouvement. Huit remarques s'imposent à propos de cette mobilisation peu ordinaire et massive de toute une génération. 1 – L'un des éléments clés est le refus de l'autoritarisme et du mépris subis et accumulés depuis longtemps contre la jeunesse scolarisée, en ayant à l'esprit l'extrême faiblesse des droits de la parole des jeunes dans l'institution scolaire. 2 – Autre élément clé : les politiques d'austérité et la succession (sans aucune évaluation) des contre-réformes dans l’Éducation et la Recherche ont des conséquences catastrophiques : état des locaux, manque de personnels à tous les niveaux et notamment d'AESH et d'infirmières, non remplacements ; d’où perte d’heures de cours, classes surchargées, emplois du temps infernaux, Parcoursup et son climat anxiogène.. 3 – Nouveauté majeure : la place nouvelle dans la mobilisation prise par les établissements à recrutement populaire (lycées professionnels, lycées de banlieues) et les jeunes des quartiers populaires. Une dynamique du centre vers la périphérie et des mobilisations essentiellement de jeunes issus des couches moyennes laisse place à la dynamique et l'impulsion venues de la périphérie vers le centre. A souligner également la mobilisation des élèves dans des départements et territoires d'outre-mer. 4 – Autre caractéristique : une répression policière incessante, violente – et jamais vue depuis octobre 1961 en nombre d'interpellations –, menaces policières et administratives permanentes contre les jeunes ; confirmation et continuation d'une violence systémique et cynique du pouvoir contre les mouvements sociaux et les mobilisations citoyennes. La surenchère répressive systématique de la droite « républicaine » et de l'extrême-droite confirme le processus de fascisation en cours, à corréler avec la montée de la menace néofasciste. 5 – Ce qui est prometteur et invisibilisé par tous les médias, c'est la maturité, la politisation très rapide de la jeunesse scolarisée et des processus d'auto-organisation partielle mais réelle. Mais qui se heurte aux menaces de l'institution scolaire et à la violence policière d'une part, et d'autre part, est rendue limitée par la quasi absence de véritable outil syndical, non pour « diriger » mais pour jouer le rôle de mémoire des luttes et aider au déploiement de l'auto-organisation. 6 – Des arguments éculés et grotesques tentent depuis le début de disqualifier cette mobilisation ; elle serait manipulée et sans capacité autonome, animée par la violence ! Alors que les assemblées générales lycéennes ou étudiantes montrent au contraire la maturité des élèves et des étudiant·es, leur capacité à la réflexion et à l'auto-organisation. C’est un réel enjeu que de les éloigner de leur établissement fermé, les empêcher ainsi d'exprimer leur force collective et casser la dynamique de la lutte. 7 – La jonction lycéenne/étudiante est en cours et l'appui commencé des organisations syndicales éducatives et inter professionnelles doit se consolider, s'élargir et s'approfondir. 8 – Cette mobilisation est un élément majeur pour l'avenir. Toute une génération fait une expérience de lutte, se politise, prend conscience que ni la droite et l'extrême droite, ni le gouvernement n’ont de réponse à leurs exigences, hormis une surenchère répressive. Les aspirations et exigences de la jeunesse sont des signes très encourageants; nous souhaitons que ce mouvement continue et permette une "convergence avec d'autres luttes".
S'inspirer des expériences autogestionnaires du mouvement ouvrier
Le 30 septembre, Salvatore Cannavò, journaliste italien, militant autogestionnaire et exdéputé de « Rifondazione comunista », invité par notre Réseau, a présenté son nouveau livre « Rivoluzione e Liberta ». Son travail s’appuie sur l’histoire du mouvement ouvrier, le socialisme utopique du XIXème siècle et la révolution de 1848 en France pour démontrer que le futur que nous voulons se trouve dans les références sociales et politiques de l’autogestion, du mutualisme conflictuel et de la liberté dite sociale. Selon lui, il faut : ■ retourner sur les écrits et le vécu du mouvement ouvrier du XIXème siècle, avec toute sa richesse, très sous-estimée ■ reprendre la « commission du Luxembourg », les apports des sociétés mutuelles et leur coopérativisme avec mutualisme et compagnonnage pour essayer de comprendre comment nous pouvons gagner notre futur « bienvivre » en suivant ces principes de solidarité. ■ nous rendre compte qu’au XXème siècle syndicalisme et politique étaient séparés, qu’ils avaient chacun leurs représentant·es, leurs lignes d’actions, rendant secondaires les paroles des travailleurs·euses, qui ne pouvaient s’exprimer que dans et par leur syndicat. ■ que la parole de l’ouvrier·e n’ait pas nécessairement besoin de représentant pour s’exprimer ■ préciser que le mutualisme conflictuel ne signifie pas intégration au capitalisme. Salvatore Cannavò insiste : la parole ouvrière doit être à la fois politique et sociale. Et pour cela il faut que ce soit elle-même qui l’exprime. C’est ainsi que s’est pratiquée la lutte des GKN à Florence, lesquel·les se sont reconverti·e en entreprise coopérative autogestionnaire. Après plus de cinq ans de lutte devient mutualiste, coopérative, écologique et solidaire. Ils/elles reconvertissent écologiquement des panneaux solaires, organisent une cuisine populaire… tout cela avec leurs fonds propres solidairement accumulés et le concours volontaire des services publics de la région dont ils dépendent. Les participant·es ont ensuite échangé sur les liens entre passé et avenir du mouvement ouvrier sur la base de la référence autogestionnaire, sur l’importance de la parole ouvrière, et sur les limites des modèles politiques et syndicaux du 20e siècle (séparation entre syndicalisme et politique, domination des partis politiques). Les participant·es ont également abordé les notions de mutualisme conflictuel et de liberté sociale : l'enjeu est de s'approprier et de reconquérir cette liberté sociale. Cette notion est rendue d'autant plus nécessaire par l'expérience du stalinisme et par le détournement de la référence à la liberté par les néolibéraux, pour qui celleci est subordonnée à la course au profit de l'économie capitaliste. Un enjeu stratégique pour les autogestionnaires !
"Stop aux pesticides" : une mobilisation réussie
A l'appel de la Confédération Paysanne, des Soulèvements de la Terre, de Cancer Colère, le Collectif de soutien aux victimes des pesticides de l'Ouest et de très nombreuses organisations – syndicales, écologistes, associatives... – plus de 15000 personnes ont convergé le samedi 3 octobre vers le site de l'entreprise Sygenta, un des principaux groupes agro chimiques mondiaux, dans l'Eure, pour dire « stop au pesticides ». Une mobilisation particulièrement réussie et salutaire à un moment où, fort du vote de la loi « Duplomb II », le gouvernement accorde les dérogations pour l'usage des pesticides à qui mieux mieux.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire