25 mai 2026

Introduction état de la gauche (AG du Réseau coopératif de Gauche Alternative 17 mai 2026)


Il y a une forte aspiration à l’unité, et paradoxalement les forces de gauches sont de plus en plus divisées y compris au sein d’elles même (PS, Écologistes, …). Le PS vient de connaître une division avec Boris Vallaud qui quitte la direction du Parti Socialiste, division chez les Écologistes. Il est possible sinon probable que la gauche continue de s’émietter.
Les raisons de cet émiettement sont liées à la crise multiforme que nous traversons, avec la pression idéologique des impérialismes et de l’extrême-droite : questions des droits des peuples (Palestine/Israël, Ukraine, ...), questions de l’immigration et de la laïcité, etc … Ces divisions sont aussi liées à l’attitude à adopter par rapport à l’élection présidentielle, Une raison importante sinon la raison principale est la crise des institutions de la 5ème République, qui n’arrivent plus à agréger une majorité de la société derrière les politiques menées.
Plus la crise des institutions s’approfondit, plus les partis de gauches s’accrochent au fonctionnement présidentiel pour pouvoir continuer à exister dans les institutions. La pauvreté des débats (LFI/pas LFI, Primaire, pas Primaire, etc .) montre la faiblesse de la vision politique. La primaire est identifiée à un choix entre plusieurs candidates et candidats, sans que les propositions et les différences soient explicitées et encore moins élaborées collectivement. La candidature de Jean-Luc Mélenchon est la candidature décidée par un groupe très restreint, dont la principale motivation est que c’est le meilleur pour gagner. L’épuisement des institutions qui montrent les limites de la représentativité ne sont pas interrogées. Pourtant, aucune victoire électorale ne réglera la situation de crise actuelle sans une mise en mouvement de la société dans sa diversité. C’est vrai en France comme ailleurs dans le Monde. La crise appelle à des réponses structurelles, mais ni la crise ni les propositions ne sont explicitées et débattues. Au fond, Elles et ils font comme d’habitude, comme si la situation n’appelait pas des réponses de fond et une mobilisation exceptionnelle de la société.
La crise des institutions prend des formes particulières dans chaque pays en raison de son Histoire propre. Cela passe parfois par des personnalités pathologiques comme Milei qui a fait campagne avec une tronçonneuse ou Donald Trump qui sature l’espace public de déclarations outrancières, vulgaires, contradictoires. Mais le fond de leur politique est on ne peut plus rationnel : user de la violence pour maintenir un niveau de profit élevé, capter les ressources, dominer les territoires, alors même que les politiques menées épuisent la société et suscitent des contestations.
Selon le dernier rapport de Oxfam, mouvement citoyen au service de la lutte contre les inégalités et la pauvreté :
Monde
• En 2025, la fortune des milliardaires a augmenté 3 fois plus vite que pendant les 5 années précédentes. Cette augmentation équivaut à la richesse totale de la moitié la plus pauvre de l’humanité.
• La fortune des milliardaires a augmenté de 81 % depuis 2020. Elle a atteint en 2025 son plus haut niveau historique : 18 300 milliards de dollars cumulés.
France
• Les 53 milliardaires français sont désormais plus riches que plus de 32 millions de personnes réunies, soit près de la moitié de la population.
• Depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron en 2017, la fortune des milliardaires français a doublé. Ce gain de plus de 220 milliards d’euros, concentré sur à peine 32 personnes, équivaut au financement de plus de 10 000 postes d’enseignants pendant près de 400 ans.
Dans le même temps, la pauvreté et la précarité s’accroissent . Cette situation n’est pas tenable et créé des réactions de protestation, et donc le besoin pour les couches dominantes de réponses violentes et attentatoires aux droits et libertés pour maintenir leur domination.
Toujours selon Oxfam, les libertés civiles et les droits politiques sont restreints et réprimés un peu partout dans le Monde. L’année 2024 a été la dix-neuvième année consécutive de recul en la matière, voyant un quart des pays entraver la liberté d’expression. L’année dernière, plus de 142 manifestations antigouvernementales d’envergure ont éclaté dans 68 pays, auxquelles les autorités ont généralement répondu par la violence.
La conscience de la crise des institutions ne doit pas conduire à négliger le poids des institutions, car sinon pourquoi craindre l’arrivée de l’extrême-droite à la tête de ces institutions ? Les institutions ont un poids considérable dans notre vie quotidienne. L’arrivée de l’extrême-droite au pouvoir, si par malheur cela devait arriver, se traduirait pas une répression très forte contre tous les pouvoirs intermédiaires, contre-pouvoirs, toutes les formes d’organisation que la population met en œuvre pour résister et proposer.
Par ailleurs, à rebours de beaucoup de discours médiatiques, la montée de l’extrême-droite n’est en rien le résultat de l’évolution de la société, il s’agit d’un choix délibéré des couches dominantes pour trouver une solution à la crise. Le rapprochement avec le Medef, les stratégies média de Bolloré, le plan Pericles de Sterin, les déclarations de Bernard Arnaud montrent bien ce qu’il en est . Le travaux de Johan Chapoutot, dont son dernier livre « Les irresponsables » qui fait un parallèle saisissant entre le comportement des couches dominantes qui mirent au pouvoir Hitler et l’attitude des couches dominantes en France actuellement.
Il faut donc tenir tous les bouts de la situation : lutter contre l’arrivée de l’extrême-droite au pouvoir tout en étant conscient de la crise des institutions et la nécessité d’agir pour construire avec toutes et tous une issue positive, un chemin pour une société vivable et désirable.
L’urgence est de constituer un front antifasciste qui rassemble largement. Il est clair que si une dynamique s’enclenche, ce sera poussé par la société et la diversité des associations, syndicats, collectifs. En ce 90ème anniversaire du Front Populaire, il est utile de revisiter ce que fut l’extraordinaire mouvement antifasciste qui abouti aux grèves (que Simone Weil appelait les « grèves de joie ») et aux conquêtes du Front Populaire, conquêtes qui ont marqué durablement l’imaginaire bien que la durée du Front Populaire ait été en réalité très courte.
Le résultat du NFP est le résultat d’un sursaut populaire antifasciste, résultat qui a été dilapidé par les partis politiques traditionnels qui se sont empressés de se disputer pour des questions de place comme le nom du premier ministre.
Il y a une part importante des luttes contre les licenciements qui se traduisent par une demande d’appropriation de l’outil de production, sous une forme ou une autre : on peut prendre l’exemple de la lutte des salariés de Vencorex, entreprise de Chimie dans la Région grenobloise, qui a réussi à rassembler largement autour d’un projet crédible, qui est retoqué suite à une décision du tribunal de commerce aberrante du point de vue de l’intérêt général, mais la lutte se poursuit. On peut penser à Duralex ou à Fralib. Ce sont des luttes qui trouvent le chemin de projets collectifs qui font sens et capables de rassembler.
On peut citer les luttes environnementales (Megabassines) ou sanitaires (dermatose bovine) qui ont montré une réelle capacité de mobilisation, les luttes contre la réalisation d’autoroutes et de grands projets inutiles, etc. Il y a les batailles pour les services publics, l’eau, l’alimentation, la mobilisation contre la loi Duplomb, etc . Il y a beaucoup de choses, mais aujourd’hui ces différents mouvements ne s’inscrivent pas dans un imaginaire collectif. La crise des partis politiques vient du fait qu’ils manquent de souffle et ont du mal à sortir de leur rôle gestionnaire et institutionnel.
Sur le fond, des travaux comme ceux de Vincent Tiberj montrent que la société française est globalement demandeuse d’émancipation, mais que les couches sociales qui ont le plus d’intérêt à des changements structurels votent beaucoup moins que les autres car elles ne se reconnaissent pas dans ce qui est proposé. C’est ce que Vincent Tiberj appelle la « grande démission citoyenne » : 60 % des Français ne soutiennent aucun parti, et aucun parti ne dépasse 10 % de soutien. Or cette situation est dangereuse pour la vie démocratique.
Qu’est-ce qu’on attend du Réseau ?
Il ne s’agit pas à mon avis de commenter la campagne de tel ou tel candidat, savoir si on approuve x ou y ou si on va par « raison » et moindre mal voter pour untel ou une telle. Bien sûr, l’actualité s’imposera à nous et on en discutera.
Mais quel peut être l’apport spécifique du Réseau ? C’est un débat au long cour, qu’on mène depuis le début. Je pense que l’utilité du Réseau est sa capacité à faire un pas de côté, se dégager de l’actualité, pour essayer de discerner ce qui fait sens au niveau de la société française et le lien avec les dynamiques à l’œuvre à l’échelle mondiale, de proposer largement à d’autres de travailler sur une issue qui soit émancipatrice et à la hauteur des problèmes qui nous sont posés. C’est à la fois abstrait et concret. Beaucoup d’entre nous sont très actifs dans les associations et syndicats. Notre participation au Réseau est nourri en bonne part par ce besoin d’une vision globale.
Par exemple, être solidaire des Peuples et non des États, être pour l’existence d’un droit international, cela délimite un périmètre politique, et c’est précieux pour rassembler sur l’Ukraine, le Moyen Orient, la Kanaky, l’Amérique Latine.
Porter la gratuité de ce qui est essentiel (eau, énergie, transports, …), défendre les services publics et les biens communs, c’est garantir à chacun que sa vie sera vivable, sans craindre les difficultés ou la déchéance. Dans le Monde du travail, c’est la CGT et Solidaires qui portent le fait de donner des pouvoirs réels aux salarié.e.s. Dans le domaine de l’eau ou de l’alimentation, il y a ici et là des réalisations concrètes.
Tout cela dessine un autre monde, à la fois déjà là et concret, à la fois non pensé en tant qu’autre monde accessible et possible. Sur toutes ces questions, on voit bien les difficultés de la gauche, difficultés grandissantes qui finissent par marquer un écart important avec la société, et être constitutif d’une crise politique majeure. Si on regarde la crise provoquée par le détroit d’Ormouz, l’essentiel des revendications portée par les force de gauche c’est le blocage des prix. Personne quasiment ne pose la question de se déplacer autrement en donnant les moyens aux transports collectifs.
Notre modeste contribution à ce champ politique, nous ne voulons pas et ne pouvons pas la faire seuls. C’est clair depuis le début. Nous avons besoin des apports de tout le monde, et nous pouvons travailler avec tout le monde, en étant conscients que pour certaines forces politiques, je pense à L’Après ou la FI, sauf transformation majeure, elles ne sont pas une réponse à la hauteur de la situation, voire même un facteur de retard.

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