8 mai 1945 : l’Allemagne nazie, dont les armées étaient en déroute, n’a pas d’autre choix que de capituler sans condition. Ainsi prenait fin la plus terrible des guerres qui ait frappé notre continent*.
Mais les vainqueurs aux idéologies différentes (libéralisme économique et démocratie parlementaire à l’ouest, dictature du parti communiste au nom du prolétariat et économie administrée à l’est) n’avaient, outre la volonté d’éradiquer le nazisme, que peu de points communs. C’est ainsi que se constituèrent deux blocs et qu’à la création de l’OTAN en avril 1949 a répondu la formation du Pacte de Varsovie (mai 1955).
Cependant, l’échec de la Société des Nations (fondée en 1919), incapable de prévenir les agressions des pays de l’Axe (Allemagne, Italie) dans les années trente, amène les vainqueurs à créer l’Organisation des Nations Unies (24 octobre 1945) dont les objectifs premiers sont le maintien de la paix et la sécurité internationale. Elle doit veiller à garantir le droit international, promouvoir la protection des droits humains, fournir de l’aide humanitaire… Mais un problème est son fonctionnement peu démocratique : les pouvoirs de son Assemblée Générale sont réduits, le pouvoir effectif étant au mains du Conseil de sécurité de 15 membres, dont 10 élus pour deux ans et 5 permanents disposant d’un droit de veto sur toutes les décisions du Conseil : Etats-Unis, Russie, Chine, France, Rouaume-Uni. De ce fait, les questions internationales les plus épineuses, celles qui concernent en particulier les E-U, la Chine et la Russie, ne peuvent pas être traitées. N’est-ce pas la principale raison de son impuissance face à la montée des pouvoirs autoritaires, voire néofascistes, à l’instar des années trente ?
La victoire antifasciste de 1945 a eu des vertus considérables. Mais elle n’a pas permis la disparition définitive du fascisme.
La notion de menace néo-fasciste - et de processus de fascisation d’une partie importante des médias et du champ politique, n’a rien de fatal ni de mécanique. Cette notion a pris une consistance nouvelle avec la réélection de Trump. Il s’agit clairement d’une menace à l’échelle mondiale, sur fond de guerres, avec par exemple une convergence (qui ne veut pas dire identité de vue car les contradictions existent), entre Trump et Poutine sur l’Ukraine.
Pourquoi néo ? Parce que les conditions ne sont pas identiques à celles des fascismes des années 1920 et 1930 et que jamais l’histoire ne se reproduit à l’identique. Les acteurs de ce néo-fascisme n’ont pas les mêmes orientations économiques (autarcie hier, ultra-libéralisme aujourd’hui) et n’ont pas les capacités d’encadrement et d’embrigadement des fascistes d’autrefois.
Pourquoi la référence explicite au fascisme ? Parce que le fond est bien le même pour le projet de ces gouvernements d’extrême-droite, même si sa mise en œuvre peut être graduelle et se heurte à des résistances comme en Italie, voire des reflux comme au Brésil et en Hongrie : recul majeur - voire écrasement- des droits sociaux comme des droits et des libertés, fin de l’État de droit et du principe d’indépendance de la justice, mépris des régulations internationales, racisme en particulier islamophobe et rejet des étranger·es, haine de l’écologie et des droits des femmes, exaltation du virilisme et du masculinisme, homophobie, négation des aspirations à l’émancipation et à l’auto-détermination des individus comme des peuples, liens avec la corruption, les mafias et la pègre…
Voilà ce qui justifie pleinement d’établir la filiation avec les fascismes d’autrefois, quel que soit le degré de respectabilité que veulent se donner les néo-fascistes d’aujourd’hui, notamment par une présence accrue dans les institutions.
S’être refusé, comme l’a fait la plus grande partie de la gauche pendant plusieurs décennies, à établir explicitement ce lien avec le fascisme a largement contribué à la banalisation de l’extrême-droite.
Établir ce lien et le dénoncer ne suffira certes pas. Mais c’est un point de passage obligé pour aller de l’avant, identifier clairement la nature de ce contre quoi nous nous mobilisons, pour mieux préparer la contre-offensive. En même temps nous continuerons à participer à l’élaboration d’un projet alternatif anticapitaliste, autogestionnaire et féministe, écologiste et égalitaire, internationaliste et altermondialiste.
Du 8 mai 1945 à aujourd’hui, en passant par les luttes contre l’OAS et Pinochet, nous sommes bien dans une continuité antifasciste. Assumons-le !
*La capitulation de l’Empire japonais n’intervient que le 2 septembre 1945 après la destruction d’Hiroshima et Nagasaki par les deux premières bombes nucléaires étasuniennes.
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